Les Chuchoteurs : Clothilde Jokovic – Le refuge de l’Hippogriffe.

Il y a des endroits qui ne se visitent pas.
Ils se vivent.

Le Refuge de l’Hippogriffe fait partie de ceux-là.

Perdu dans un minuscule hameau entre le Tarn, l’Aveyron et l’Hérault, hors du bruit et hors du rythme habituel, c’est un lieu qui oblige doucement à ralentir.
Pas par contrainte.
Mais parce que tout, ici, invite à revenir à quelque chose de plus simple.

Plus brut.
Plus vrai.

Dans le cadre de mon projet Les Chuchoteurs, je suis venue rencontrer Clothilde Jokovic.
Et très vite, j’ai compris que je n’étais pas seulement venue photographier.

J’étais venue ressentir.


Être accueillie, vraiment

J’ai été accueillie par Clothilde, bien sûr.
Mais aussi par Gabin, Crevette, Tic Tac, Komète… et Nénette.

Nénette, présence constante.
Nénette, douceur incarnée.

Une présence qui ne demande rien, qui n’attend rien, mais qui est là.
Entièrement.

Des câlins, tout le temps.
Comme un fil invisible qui relie.
Nuit et jour.
Jour et nuit.

Ici, il n’y a pas de mise en scène.
Pas de rôle à jouer.

Seulement de la chaleur.
De la tendresse.
Et une qualité de présence rare.


Le corps comme point de bascule

Le 29 janvier 2024, Clothilde a un accident.
Une machine agricole.
Sa main est arrachée.

Ce n’est pas un détail de son histoire.
C’est un point de bascule.

Elle qui accompagnait des patients dans leur rééducation devient, elle aussi, patiente.

Elle passe de l’autre côté.

Et ce passage transforme tout.

Sa manière d’habiter son corps.
Sa manière d’entrer en relation.
Sa manière d’accompagner.

Aujourd’hui, Clothilde ne “corrige” pas.
Elle ne “rééduque” pas.

Elle ouvre des espaces.

Des espaces où chacun peut :

  • explorer ce que son corps est capable de faire
  • inventer ses propres codes
  • sortir des normes imposées

Elle travaille avec une finesse presque chirurgicale du ressenti.

Cartographier.
Nommer.
Affiner.

Rendre le vocabulaire plus neutre pour qu’il devienne plus juste.

Parce que les mots façonnent la manière dont on perçoit.


Dépasser le traumatisme par les sens

Ce qui traverse tout son travail, c’est cette idée forte :

Le corps sait.

Et parfois, pour dépasser un traumatisme, il ne faut pas comprendre plus.
Il faut ressentir autrement.

Passer par les sens.

Retrouver du mouvement.
Du vivant.

Et c’est là que les chevaux entrent en jeu.


Le cheval au centre, toujours

Chez Clothilde, le cheval n’est jamais un outil.

Il est un partenaire.
Un guide.
Un révélateur.

Son travail s’adresse souvent à ceux qui arrivent avec une forme d’épuisement :
ceux qui ont “tout essayé”.

Et qui sentent qu’il manque quelque chose.

Inspirée par Frédéric Pignon et Magali Delgado, elle a construit une approche profondément différente :

  • pas de pression de résultat
  • pas d’objectif de performance
  • un accueil chaleureux, enveloppant.

Elle travaille avec les notions de leadership (passif, assertif, dominant),
mais sans jamais figer les rôles.

Elle peut guider.
Mais elle accepte aussi d’être déplacée.

Parce que la relation est vivante.

Chaque mouvement du cheval a un sens.
Chaque réaction est une réponse.

Encore faut-il apprendre à regarder.


Se réapproprier les corps

Une phrase résonne longtemps après :

“Le corps des chevaux, c’est comme le corps des femmes, on se l’approprie.”

Elle vient questionner quelque chose de profondément ancré.

Notre manière de :

  • posséder
  • contrôler
  • projeter

Alors ici, on déconstruit.

On redonne au cheval sa place.
On redonne à l’humain sa responsabilité.

On sort du “cheval qui saute bien”
ou “cheval lent”,
ou “cheval difficile”.

On revient à l’individu.
À la profondeur.
Au vrai.


L’immersion : goûter plutôt qu’apprendre

Les immersions proposées ne sont pas des stages.

Ce sont des expériences.

On y vient pour goûter.

Goûter :

  • le rythme du cheval
  • le silence
  • les micro-sensations

Ce n’est pas réservé aux cavaliers.
Ni même aux propriétaires de chevaux.

C’est un espace pour se reconnecter.

À soi.
À l’autre.

Faire confiance à ce qui résonne.

Et accepter de ne pas tout comprendre.


Observer, enquêter, comprendre autrement

Clothilde propose aussi un travail à distance, à partir de vidéos.

Un vrai travail de détective.

Elle cartographie :

  • le cheval
  • son environnement
  • son histoire

Elle retrace les parcours.

Elle pose des questions que peu de gens posent :

  • comment vit ce cheval ?
  • dans quel environnement ?
  • avec quels impacts sur son comportement ?

Ce n’est jamais une réponse rapide.

C’est une mise en lumière.


Photographier pour voir vraiment

La photographie fait partie intégrante de son approche.

Mais pas comme on l’entend habituellement.

C’est un outil de déprogrammation.

Regarder autrement.
Voir ce qu’on ne voit pas.

Le cheval guide.
L’humain ressent.

Et l’image devient une trace.

Pas une finalité.

Une mémoire de l’invisible.

Un pont entre ce qui est vécu et ce qui peut être transmis.


Des chevaux qui enseignent

Tic Tac, 19 ans.
Né là.

Un cheval qui a connu les cadres, les disciplines, le “moule”.
Et qui en est sorti avec elle.

Il porte une douceur immense.
Une présence stable.

C’est un pilier.

Komète, 6 ans.

Un être libre.
Sans compromis.

Il ne s’adapte pas.
Il est.

Et il invite l’autre à faire pareil.

À être pleinement soi.


Transmettre autrement

Clothilde ne transmet pas seulement sur place.

Elle écrit.
Elle parle.
Elle enregistre.

Son podcast, avec déjà une trentaine d’épisodes, ouvre des espaces rarement explorés :

  • le corps du cheval et celui de la femme
  • le bien-être animal selon les cultures
  • notre place dans un ensemble plus vaste

Elle publie quand c’est juste.
Quand il y a de l’espace.
Quand la créativité est là.

Pas pour produire.
Mais pour partager.


Les fils invisibles

Et puis il y a ce moment.

Je monte au château.
Le silence.
Le vent.
La lumière.

Je prends une photo.
Je l’envoie à mon père.

Sa réponse me bouleverse.

Il connaît cet endroit.

Il y a quarante ans, il venait ici.
Dans ce même hameau.

Un ami.
Des fêtes.
Une autre vie.

Aujourd’hui, cet ami repose dans le cimetière du village.

Mon père vient du Nord.
Ils étudiaient à Bazas.

Et pourtant, leurs chemins passaient déjà ici.

Et maintenant, les miens aussi.

Certains lieux gardent la mémoire.

Et parfois, sans le savoir, on y revient.


Rendre visible l’invisible

Ce que fait Clothilde est difficile à résumer.

Parce que ce n’est pas une méthode.
Ce n’est pas une technique.

C’est une posture.

Une manière d’être au monde.

Ralentir.
Ressentir.
Laisser de la place.

Au cheval.
À l’humain.
À la relation.

Rendre visible ce qui ne se voit pas.


Ce que ce séjour est venu déposer

Je crois que je n’étais pas venue ici par hasard.

Ces dernières années, depuis mon accident et ma commotion, quelque chose a changé en moi.
Ou peut-être que quelque chose s’est simplement affiné.

Avec Yaro, mon Irish Cob de 6 ans, en plein débourrage, j’apprends autrement.

À ralentir.
À respirer.

À faire des pauses — des vraies.
Pas celles qu’on s’accorde entre deux urgences.
Celles où l’on s’autorise à être pleinement là.

À écouter.
À entendre.

Parce que je découvre que je n’ai pas envie de vivre une vie où je n’écoute que ce qui crie.

J’ai envie d’apprendre à entendre ce qui murmure.

Dans les chevaux.
Dans les lieux.
Dans les gens.
Et en moi.

Poétiser le quotidien, aussi.
Et ce, depuis mes dix huit ans.

Regarder autrement.
Redonner de la valeur à ce qui semble invisible, discret, presque insignifiant.

Un souffle.
Un regard.
Un déplacement à peine perceptible.

Et comprendre que c’est souvent là que tout se joue.

Chez Clothilde, cette manière d’être au monde a trouvé un écho particulier.

Comme une confirmation douce.

Une continuité.

Une cerise sur le gâteau, oui.
Mais dans le sens le plus juste :

Ce moment où tu réalises que tu es déjà en train de marcher sur ce chemin.
Celui où l’on ne cherche plus à faire plus.
Mais à être mieux.

À être avec.

Avec le cheval.
Avec soi.
Avec ce qui est là, sans chercher à le transformer immédiatement.

Ce séjour n’a rien brusqué.
Il n’a rien imposé.

Et pourtant, il a ancré quelque chose de profond.

Une direction.

Celle d’une présence plus fine.
D’une écoute plus sensible.

D’une vie où l’on choisit, autant que possible, la paix.


Clothilde, merci pour cet espace.
Pour ta justesse.
Pour ta douceur.

Papa, il y a des fleurs sauvages ici.

Et à l’univers… merci pour ces liens qu’on ne comprend pas toujours, mais qui nous guident exactement là où il faut être.


👉 Pour découvrir l’univers de Clothilde, rendez-vous par ici :
https://www.clothildejokovic.com

👉 Ou sur son Podcast « Sur les traces de l’hippogriffe, dispo sur toutes les plateformes.

👉 Ou encore sur son Instagram : https://www.instagram.com/lerefugedelhippogriffe/


Offrez-vous un instant suspendu, une parenthèse où lumière, silence et émotions se rencontrent.
Je vous accompagne pour capturer vos instants vrais, vos gestes tendres et vos éclats de vie.

Contactez moi : https://hoopdesbois.com/contact-et-tarifs/

Retrouve moi sur Instagram : https://www.instagram.com/hoopdesbois/


1 réflexion sur « Les Chuchoteurs : Clothilde Jokovic – Le refuge de l’Hippogriffe. »

  1. Très beau portrait, on sent que la rencontre dépasse largement le cadre d’un simple reportage photo. Ce qui touche, c’est cette idée que le cheval n’est pas là pour “servir” une méthode ou produire un résultat, mais pour révéler quelque chose de plus discret : une posture, une émotion, une manière d’habiter son corps et sa relation à l’autre.

    J’aime beaucoup le parallèle entre le corps, le traumatisme et les sens. On cherche souvent à tout comprendre avec la tête, alors que certains blocages se dépassent peut-être d’abord par l’expérience, le mouvement, le silence, la présence. Le cheval a cette capacité rare de nous ramener à l’instant, sans discours inutile.

    À mon sens, ce type d’approche rappelle aussi que la relation humain-cheval ne se joue pas seulement dans la technique. Elle se construit dans les micro-signaux, dans l’attention portée à ce qui murmure plutôt qu’à ce qui crie. Et c’est peut-être là que la photographie prend tout son sens : elle garde une trace de ces instants presque invisibles, mais profondément transformateurs.

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