Par où commencer et vers où aller ?
Allez, je me lance.
Le projet des Chuchoteurs
Ce reportage s’inscrit dans un travail plus large que je construis depuis quelques mois, un chemin photographique qui interroge notre manière d’entrer en relation avec le cheval.
Ce qui m’intéresse n’est pas le spectaculaire, ni la démonstration, mais ce qui se joue dans l’entre-deux : les silences, les hésitations, les ajustements presque invisibles.
Aller chez Tom, c’était continuer cette quête-là. Observer un homme au travail, dans le quotidien, sans mise en scène. Regarder comment un cheval répond quand on lui laisse de la place. Comment un geste devient lisible quand il est posé sans urgence. Photographier non pas une méthode, mais une façon d’être.
Je documente des personnes qui ont choisi d’avancer avec les chevaux dans une logique de dialogue et de responsabilité. Des femmes et des hommes qui acceptent de composer avec le vivant, avec ce qu’il a d’imprévisible, plutôt que de chercher à le dominer. Cette posture-là me touche profondément, parce qu’elle résonne avec ma propre manière d’habiter le monde et de créer.
Et puis, ce projet existe grâce à deux rencontres qui ont marqué ma vie : celle d’Apollo, mon premier cheval, il y a dix ans, et celle de Christian Cazor, homme de horsemanship, qui m’a appris à apprivoiser l’indomptable.
Sans eux, rien de tout cela n’existerait.
(D’ailleurs, j’ai réalisé un reportage que j’aime d’amour avec Christian : https://hoopdesbois.com/2025/02/05/christian-cazor-horsemanship/ )
Le premier épisode des Chuchoteurs est disponible ici : https://hoopdesbois.com/2025/11/12/les-chuchoteurs-episode-1-elsa-dans-le-lot/
Tom Legroux-Grattet Horsemanship : trois jours au rythme des chevaux, entre transmission et vagabondage
Il y a des reportages qui ne se racontent pas seulement avec des images.
Ils s’inscrivent dans le corps, dans le souffle, dans le silence.
En décembre, j’ai passé trois jours auprès de Tom Legroux-Grattet, pour un reportage immersif au cœur de son travail, de sa philosophie et de ses chevaux. Trois jours hors du temps, quelque part entre le froid de l’hiver et la chaleur brute du lien homme–cheval.
Que dire de Tom ?
Tom, c’est un poète, un passionné, un passionnant.
C’est une âme libre.
Mais Tom, c’est aussi un gars qui se moquera de toi, avec un petit sourire en coin.
Celui qui te fera des blagues, parfois douteuses, mais souvent drôles (pas toujours, quand même).
C’est un sensible, mais ça, ne dites pas que je vous l’ai dit. Parce qu’il le tolèrera pas hein.
Un sensible qui se cache derrière l’humour noir.
Mais il suffit de le voir avec les chevaux pour comprendre.
Il faut prendre le temps, accepter les longs silences, et puis les longues discussions.
Tom, il aime bien déstabiliser.
Alors, on se remet en question.
Mais Tom, c’est aussi un excellent professeur. Alors, après la déstabilisation, il aide à trouver les réponses. Toujours juste, le type.
Bref, Tom, si tu veux vraiment apprendre, comprendre, t’améliorer pour être une belle personne pour ton cheval, il faut aller le voir.
Parce que Tom, il me l’a dit et ça m’a marqué : « Personne ne mérite son cheval. »
Mais lui, il t’aidera a être plus juste.
Un vagabond du cheval
Tom a 28 ans. Il est né en 1997.
Il se définit lui-même comme un vagabond. Et le mot sonne juste.
Je l’ai rencontré au Ranch CowSens, chez Élodie Regnier, élevage RCS, à Montaigu-du-Quercy. Un lieu de passage, comme beaucoup d’autres dans sa vie, même si le Lot semble déjà l’appeler — et il y reviendra sûrement très bientôt.
Affaire à suivre, donc.
Tom n’est pas né dans le milieu équestre.
Il a grandi en ville.
Mais les chevaux, eux, l’ont toujours appelé.
Sans héritage, sans tradition familiale, sans raccourci. Juste une évidence profonde, presque inexplicable. Une attirance ancienne, viscérale. Comme si quelque chose savait déjà, avant lui.
Quatre ans sur les routes, à dos de cheval
En 2019, à 22 ans, Tom part à cheval avec Eder, depuis les Corbières.
Un départ sans itinéraire figé, sans certitude, avec une seule idée en tête : devenir un homme du cheval.
Pendant quatre ans, jusqu’en 2023, il sillonne les Pyrénées-Orientales, l’Aude, la Haute-Garonne, le Tarn, l’Ariège, et bien d’autres coins encore.
Quatre ans de routes, de pauses plus ou moins longues, rythmées par les petits boulots trouvés en chemin.
Quatre ans d’apprentissage permanent, au contact du terrain, des chevaux, des gens.
C’est durant ces vagabondages qu’il rencontre Luna, en Ariège. Son deuxième cheval.
Trois chevaux, trois histoires
Tom travaille aujourd’hui avec trois chevaux : Eder, Luna et Leïla.
Trois personnalités. Trois chemins. Trois leçons.
Eder, son premier cheval, lui a été donné parce que sa propriétaire en avait peur.
C’est lui que j’ai monté pendant ces trois jours de reportage.
Petit coquin, joueur, toujours prêt à gigoter dès que je sortais l’appareil photo.
Grâce à lui, j’ai beaucoup travaillé… mon flou. Pas toujours artistique.
Shooter en télémétrique, avec de vieux objectifs argentiques entièrement manuels, c’est déjà un défi.
Mais depuis le dos d’un cheval ?
C’est une autre dimension.
Intense. Instable. Vivante.
Luna, née en Ariège, a grandi six ans en grandes pâtures, sans vraiment rien faire.
Une jument surprenante, parfois déroutante, pas toujours dans le “bon sens”.
Ce que je retiens d’elle ?
C’est le premier cheval que je rencontre qui regarde le ciel.
Qui bade à la lune. Littéralement.
Et puis il y a Leïla.
Son troisième cheval. Celle avec qui tout a dû être bâti à partir de zéro.
Née en Dordogne, récupérée après le décès de son propriétaire, puis revendue parce que les gens ne s’en sortaient pas avec elle.
Une petite jument aztèque, qualifiée par Tom d’“antilope sauvage”.
Avec elle, Tom a participé au Happy Horse Challenge, organisé par Julie Fabre du Black Mountain Ranch, à Mazamet.
Aujourd’hui, Leïla est devenue sa meilleure jument de travail.
Une transformation patiente, humble, sans magie. Juste du temps, de la cohérence et de la compréhension.
Une formation ancrée dans la culture buckaroo
Tom a passé son monitorat d’équitation western chez Luc Giordano, dans le Lot.
Il est resté plus de deux ans auprès de lui, travaillant au débourrage, avec les jeunes chevaux, et à l’aide à la ferme.
Il a choisi Luc pour une raison précise :
la culture buckaroo.
Pas de poudre aux yeux.
« Chez Luc, j’ai trouvé tout ce que je cherchais avec les chevaux.
Pas utopique, pas mystique. Vraiment dans la culture Buckaroos.»
Une phrase de Luc l’a profondément marqué :
“N’oublie pas, t’es là pour le cheval, t’es là pour les gens.”
Tout est là.
L’aide au cheval, autant que l’aide à l’humain.
Le travail n’a de sens que si, à la fin, la personne repart mieux avec son cheval.
Débourrage, rééducation et transmission
Aujourd’hui, Tom travaille dans le débourrage et la rééducation des chevaux.
Il est spécialisé dans la formation du jeune cheval pour l’extérieur et le travail de ranch.
Son objectif n’est pas la performance.
Mais la compréhension.
Fabriquer des chevaux qui comprennent ce qu’on attend d’eux.
Il propose aussi des stages et des cours, avec une approche profondément tournée vers la transmission.
Aider les gens, vraiment.
Les accompagner, sans jugement.
Le travail est réussi si la personne s’en sort, seule, avec son cheval, à la fin.
Ce que j’ai appris, là-bas
Avec Tom, j’ai surtout appris une chose :
je ne sais rien.
Et finalement, c’est déjà un excellent début.
J’ai aimé ce doute-là.
Cette sensation d’être larguée, comme une gamine qui découvre le monde pour la première fois.
J’aime les gens qui doutent, qui se questionnent.
Alors être l’une d’eux, ça me va très bien.
J’ai aimé Eder, sincèrement — même si c’est un amour un peu vache.
Mon petit fjord terrible serait fier.
Et oui, Eder, j’aime quand même tes petites oreilles fluffy.
Rien n’était vraiment clair, pour moi. Apprendre, réapprendre.
Essayer de comprendre, encore et encore.
Douter, beaucoup.
Mais c’était beau.
Un reportage à hauteur de cheval
Ce reportage de trois jours chez Tom, c’est une immersion dans un quotidien brut, sincère, sans décor.
Un travail lent, ancré, humble.
Des chevaux aimés de manière juste.
Des humains en chemin.
Et puis, je pense que raconter une histoire, c’est déjà une forme de transmission.
Tu veux découvrir le travail de Tom ?
Celui-ci est pas mal actif sur son Facebook, par ici
Ou alors sur son Instagram par là
Ou contacte-le, il ne mords pas… Enfin, je crois : 06 41 92 17 11
Tom, merci.
Tout simplement.
Offrez-vous un instant suspendu, une parenthèse où lumière, silence et émotions se rencontrent.
Je vous accompagne pour capturer vos instants vrais, vos gestes tendres et vos éclats de vie.
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