T’as voulu voir Bozouls…

Tu étais là-bas, de l’autre côté de ce gouffre. Ce trou dans la Terre, comme tu aimais tant l’appeler.  
Si proche et pourtant si loin.
Nous nous tenions l’un en face de l’autre, toi à côté de l’église et moi sur la terrasse suspendue au-dessus du vide.
Ce vide qui, autrefois, m’avait tant attiré.
Aujourd’hui, je ne pouvais plus le supporter.

Je n’en pouvais plus de cette distance entre nous.

Pourtant, l’après-midi avait bien commencé. Nous avions décidé de faire du tourisme. De quitter notre chambre froide de notre maison de pierres sur l’Aubrac pour visiter les environs.
Alors nous avions pris ma vieille voiture. Le chauffage ne fonctionnait pas, comme à son habitude.
Tu étais emmitouflée dans ton gros plaid « vieux rose ».
Vieux rose, quel drôle de nom pour cette couleur.
Pour moi, c’était du rose, tout simplement.
Mais tu y tenais : il s’agissait de vieux rose. Alors, encore une fois, je t’écoutais.

Nous avions mangé des sandwichs, en route. Pour toi, un sandwich au saumon fumé et au yaourt grec, dans un pain suédois.
Quelle idée !
Pour moi, un sandwich c’était du jambon, du beurre, de la rosette. Jamais je n’aurais pensé manger un sandwich au saumon ! D’ailleurs, je n’en avais pas voulu. Je m’étais contenté de mon traditionnel jambon beurre.
Mais attention, beurre salé, toujours. Qu’est ce que du beurre s’il n’est pas salé après tout ?

Après notre repas, nous nous étions arrêtés à un bar pour boire une bière. Une bière de noël, pour finir les fûts, après la saison.
Nous parlions, nous rigolions. Et nous nous embrassions encore. Pour le moment.

Ensuite, nous sommes arrivés au « trou ». Ce n’est pas très sexy, d’ailleurs, l’appellation de ce lieu. Pourtant, c’est exactement ce que c’est. Un trou dans la terre, avec au fond quelques maisons et un ruisseau.
Nous sommes descendus au fond de ce trou, nous avons couru pour nous réchauffer et nous avons pris des photographies.
Enfin, tu as pris des photographies. De moi, principalement, et puis des maisons, du ruisseau et de la falaise.
Moi, je t’ai photographié avec mes yeux, pour ne pas oublier ces instants suspendus.

Cette journée était parfaite.
Pourtant, nous avions froid et pas un sou en poche.
Nous avions froids mais nous nous embrassions. Cela nous réchauffait.

Elle était parfaite, mais elle a déraillé.
Je ne saurais dire comment, ni pourquoi. Pourtant, à un moment, nos mains se sont lâchées. Pour retrouver le chaud de nos poches, peut-être, mais je n’en suis plus si sûr à présent.

Nos mains ont donc retrouvé nos poches. Et nous avons arrêté de discuter et donc de rire.  
Nous nous sommes contentés de marcher, dans le froid glacial de ce jour court d’hiver.
Le vide s’est réinstallé en moi. Il m’avait oublié pendant quelques heures, mais il était de retour.

Au fond de ce trou, tu t’es tournée vers moi et tu m’as dit de te laisser tranquille, juste un peu.
Mon cœur s’est brisé et mes yeux se sont remplis de larmes, à nouveau.
Tu m’as fixée de ton regard froid et tu m’as dit de ne pas pleurer, pas encore.
Juste de te laisser.

Tu as tourné le dos et tu es remontée, côté église.
Ne sachant pas quoi faire, je suis remonté également, mais côté village.
Que pouvais-je faire de plus ?

Et c’est donc depuis cette maudite passerelle que je te regarde, de l’autre côté de ce maudit trou.
Tu me regardes aussi.
Nous avons froid, tous les deux, mais chacun de notre côté.
Je ne peux m’empêcher de pleurer.
Tu es si belle, même de si loin.
Le soleil se couche, derrière toi et il m’éblouit.
A moins que ce ne soit toi.

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